La Nostra Vita

de/von Henri Lajous - 31-5-2010 - Catégories/Kategorien: Critiques/Kritiken, Français

La Nostra Vita

La Nostra Vita de Daniele Luchetti débute par une séquence lumineuse aux couleurs intenses : Claudio, Elena et leurs deux enfants respirent le bonheur. Enceinte, Elena rêve de vacances en Sardaigne mais la famille n’a pas les moyens « parce que, nous, on ne vole pas » explique-t-elle à ses fils…

A la fin du film, Claudio est seul avec ses trois enfants. L’amour est le seul rêve à la portée des gens simples, le reste est inaccessible et illusoire (D. Luchetti retrouve ici le thème central de son deuxième long métrage, Le Rêve du sphinx, 1990).

Entre ces deux séquences, La Nostra Vita nous propose une radioscopie de l’Italie berlusconienne, une Italie populaire un peu larguée entre la tradition ouvrière oubliée et le règne de l’argent. Et l’argent, en Italie, dans l’univers du B.T.P. (Bâtiments et Travaux Publics), on sait comment en gagner : emplois de clandestins (originaires de Roumanie dans le film), négligences graves dans la sécurité des travailleurs (on pense à Riff-Raff de Ken Loach, 1991) et malversations diverses…

Daniele Lucchetti revient pour la quatrième fois au Festival de Cannes. Son premier film, Domani, domani y fut présenté en 1988 (sélection Un Certain Regard). Il connut en 1991 la sélection officielle et la compétition avec Le Porteur de serviette, produit et interprété par Nanni Moretti. En 2007, il retrouve la sélection Un Certain Regard avec Mon Frère est fils unique qui marque sa rencontre avec deux grands scénaristes italiens, Sandro Petraglia et Stefano Rulli (Nos Meilleures années de Marco Tullio Giordana, 2003).

Dans la grande tradition de la comédie italienne, La Nostra Vita est un film de scénaristes (S. Petraglia, S. Rulli et D. Luchetti), un scénario porté par des actrices et des acteurs relativement peu connus mais remarquables par leur justesse et leur charge émotionnelle. Mention spéciale à Elio Germano (rôle de Claudio) qui vient d’obtenir avec Javier Bardem le prix d’interprétation masculine. La mise en scène use et abuse (diront peut-être certains) de la caméra à l’épaule mais le procédé sert le propos : tourner une fiction qui ressemble à un documentaire et « mesurer la fièvre d’un pays avec le thermomètre de la caméra » (D. Luchetti).

Acte de foi dans la famille, oeuvre modeste et tonique, La Nostra Vita n’est pas un film déprimant mais un (mélo)drame empreint d’une belle énergie parfaitement incarnée par le personnage de Claudio, un père courage, un homme qui se débat, un homme qui se bat…

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