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How I ended this summer : une poétique de l’espace

von/de - 20-2-2010 - Kategorien/Catégories: Filmkritiken / Critiques, Français

Pavel et Serguei

Sur une île perdue de l’océan arctique, deux météorologues en mission sont contraints de composer l’un avec l’autre. D’un côté, le jeune Pavel, baladeur sur les oreilles, friand de sucreries et de jeux vidéo de guerre, fraîchement sorti de l’Université, travaille en dilettante. De l’autre côté, Serguei, expérimenté et assidu, accepte difficilement la présence de Pavel et le malmène, en le laissant livré à lui-même et en lui racontant des histoires macabres.

Les relations entre ces deux personnages que tout oppose sont d’emblée présentées comme tendues. Mais elles prennent un tournant dramatique lorsque Pavel reçoit un message terrifiant qu’il est chargé de transmettre à Serguei : celui de la mort de sa femme et de son fils. Il ne peut s’y résoudre et invente toutes sortes de stratagèmes pour lui cacher la vérité. Lorsqu’enfin, il parvient à lui révéler cette terrible nouvelle, il sombre dans la folie et se persuade que Serguei veut le tuer. En proie à une crise psychotique, il fugue et se retrouve seul dans un environnement redoutablement hostile dans lequel il doit pourtant survivre.

L’intérêt du film ne réside pas dans l’analyse des rapports entre les deux personnages qui possèdent quelque chose d’artificiel et de surimposé. Tout est fait pour qu’ils ne s’accordent pas. A force d’isolement Serguei est devenu un être bourru, qui ne sait pas ce qu’est un « smiley ». Le personnage de Pavel aurait lui aussi gagné à être plus travaillé car il frôle la caricature. Les jeux vidéo violents, l’absence de nuit lors de l’été polaire, les brusqueries de Serguei et les histoires lugubres qu’il lui raconte sont des causes trop évidentes et grossières qui ne suffisent pas à nous convaincre de la nécessité d’une crise de folie et d’angoisse passagère chez le jeune homme. A l’instar de Christopher McCandless dans Into the wild, le corps de Pavel se déshumanise à mesure qu’il tente de s’adapter à ce milieu ; il devient animal. De fait, nous observons cette démence de l’extérieur sans réellement la comprendre. Le caractère conventionnel de la relation entre Pavel et Serguei est néanmoins compensé par l’excellente interprétation des deux acteurs qui parviennent à donner aux personnages une grande crédibilité et à suppléer aux lacunes du récit.

Outre l’interprétation des personnages, la réussite du film tient au traitement de l’espace. La photographie est magnifique. Filmés en plans fixes pour en renforcer l’aspect pictural, les paysages de glace ressemblent à des tableaux impressionnistes : les couleurs vibrent, les contours se dissolvent. La nature nous est révélée dans toute sa majesté, sa démesure ; l’homme dans toute sa vulnérabilité. A travers le regard de Pavel, notre perception de l’espace se modifie. Un double mouvement d’élargissement et de resserrement traverse le film. Au début, le jeune homme expérimente une liberté toute factice, provoquée par la découverte de ces espaces infinis. Mais peu à peu, cette île se rétrécit et devient un huis-clos qui l’enserre et se referme sur lui.

En dépit de la faiblesse de son histoire, le film d’Alexej Popogrebski a le mérite de nous révéler l’homme dans son infinie petitesse et la fragilité de sa condition : il est bien, selon l’expression pascalienne, ce « roseau, le plus faible de la nature ».

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