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Rencontre avec Ursula Meier

von/de - 16-2-2012 - Kategorien/Catégories: Allgemein / Général, Begegnungen / Rencontres, Français, Live von der Jury / Le jury en direct

Les membres du jury ont rencontré ce matin Ursula Meier, la réalisatrice de L’Enfant d’en Haut, film sélectionné en compétition officielle. Ils ont pu, le temps d’une grosse demi-heure, lui poser quelques questions sur son travail et son film. En voici un petit aperçu.

La réalisatrice franco-suisse Ursula Meier

Grâce à ce regard très attentif avec lequel ils scrutent les films, nos jeunes membres du jury ont remarqué à quel point le cinéma d’Ursula Meier est traversé par la question de la topographie. C’est d’ailleurs sur ce point que s’engage la conversation, sur le rapport qu’entretient la réalisatrice entre espace et écriture.

« J’ai un véritable besoin de trouver un espace sur lequel écrire. Le scénario naît littéralement de la topographie des lieux du futur tournage. Pour ce film, l’idée du haut et du bas, avec la station de ski et les gens modestes qui vivent au pied de la montagne, était vraiment créatrice d’images fortes. »

On ne manque pas de remarquer, par opposition à son premier film Home, que L’Enfant d’en Haut est un film vertical, avec pourtant une symbolique horizontale.

« Oui, il y a l’immeuble où vivent les deux protagonistes qui est perdu au milieu de nulle part, avec la route qui passe à côté, et qui ne comporte en réalité aucun passage piéton ! C’est hallucinant de voir que ces espaces ne sont même plus pensés pour l’humain. La région où j’ai tourné fait très « western », avec de grands espaces très plats, des routes immenses qui se perdent dans le lointain. »

On en vient naturellement à parler des personnages, reliant cette thématique de l’horizontalité au rôle de Léa Seydoux.

« Son personnage est quelqu’un qui est en fuite, toujours sur le départ. C’est véritablement un personnage horizontal, par opposition à celui de Kacey Mottet Klein, qui est plus vertical, dans le déplacement entre l’espace du haut et celui du bas. »

Au fur et à mesure que la conversation avance, il devient évident que le jury a été marqué par la dimension sociale du récit, ce qu’Ursula Meier réfute à demi-mot, expliquant qu’elle ne sent par exemple pas de filiation entre ce film et le cinéma des frères Dardenne, bien qu’elle soit admirative de leur travail.

« Nous voulions éviter, avec mon co-scénariste, de faire un film avec une tendance trop sociale, même si le film est ancré dans un univers bien réel. Avec ma chef opératrice, nous avons travaillé pour donner une aura de conte à ce film, avec des couleurs prédominantes pour chaque période du récit. Par exemple, à Noël, nous avons décidé d’insister sur les teintes bleues, pour donner un petit côté féérique. »

Un autre point très important pour les jurés : le travail avec un comédien-enfant, dont la performance les a réellement impressionnés, et qui pose de vraies questions de direction d’acteur.

« De toute façon, l’envie de faire ce film naît également du désir de retravailler avec Kacey, de l’emmener encore plus loin que sur mon premier film. C’est presque comme si c’était moi qui lui avait appris à jouer la comédie. »

Et lorsqu’on l’interroge sur le fait de se poser ou non des limites dans le travail avec les enfants, elle insiste :

« Non. Il faut savoir pousser les acteurs tout en leur faisant clairement sentir qu’on est là pour les recueillir, les rattraper en cas de problème. »

Et pourtant, il est vrai que le personnage de Simon passe par des états très différents : figure fraternelle, parfois paternelle, Robin des bois pour les autres enfants… Comment réussir à se retrouver dans ce nœud très complexe ?

« Je lui ai parlé du rôle dans toute sa complexité, et ensuite on prenait scène par scène. Il a vraiment tout compris, il est incroyablement intelligent. Il me disait, par rapport à la relation avec sa sœur : « Mais en fait, je suis comme son père ! ». Après, le problème, c’est qu’il tombait un peu facilement dans le jugement moral de son personnage. Léa Seydoux aussi d’ailleurs, et il a fallu un peu de temps pour que le déclic se fasse et que l’on passe au-dessus de tout cela. »

Et lorsqu’on lui demande si elle-même ne risque pas de porter un jugement moral sur ces personnages, elle rétorque qu’il faut avoir de l’empathie, et pas forcément de l’amour, pour ce qu’ils sont et ce qu’ils vivent. Pourtant, remarque l’un des membres du jury, il semble qu’un jugement moral soit porté sur l’état de nos sociétés contemporaines dans ce film…

« La Suisse reste dans l’esprit des gens une sorte de paradis terrestre auquel on ne peut pas toucher. Aujourd’hui, une tendance du cinéma suisse est de se refermer sur lui-même, avec ce côté rassurant et autarcique des montagnes. Je pense donc qu’en effet, mon film tombe plutôt bien ! Mais je ne cherche pas à produire un message grave, je veux simplement faire une critique décalée et amusée de la société, car j’ai besoin de l’humour dans l’écriture. »

Pourvu que ça dure !

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